Route des moulins

Le PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère) et ses rivières : un paradis pour les moulins

SUR LES TRACES DES MOULINS - HENT AR MILINOU

Textes tirés du document original « Sur les traces des moulins », réalisé par l'Agence de Développement du PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES en 2001.

Document en vente 1,50 euros dans les offices de tourisme du PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère)

Le réseau hydrographique breton est très dense mais celui du Léon l'est encore plus. Le PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère), qui couvre la majeure partie de l'ancien territoire du Bas Léon, est donc particulièrement bien doté en rivières. Les deux plus importantes font aussi la spécificité de son territoire : l'Aber Wrac'h et l'Aber Benoît. Aber est un mot breton qui désigne un estuaire où la mer remonte deux fois par jour à chaque marée. La rivière Aber Wrac'h prend sa source dans les tourbières de Lann-Gazel, au sud des limites du PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère), et recueille les eaux d'une dizaine de ruisseaux. Plusieurs affluents se jettent également dans l'Aber Benoît dont les deux plus importants sont le Benouig, qui se jette dans la rivière Aber Benoît, et le Garo, qui se jette dans l'Aber. Plus au nord on trouve également le Quillimadec, qui se jette dans la baie de Tressény en Guissény, ainsi que l'Alanan et la Flèche. Les moulins du PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère) sont de fait essentiellement des moulins à eau. Ils ont été extrêmement nombreux. Il a été estimé à 159 le nombre des moulins ayant existé sur le bassin de l'Aber Benoît et à 110 ceux du bassin de l'Aber Wrac'h. Il n'y a pas eu de moulin à marées sur les bassins de l'Aber Benoît et de l'Aber Wrac'h. Par contre, il a existé au moins une douzaine de moulins à vent dans la région. Le seul moulin à vent dont le bâtiment ait été conservé est Milin Avel à Brignogan-Plages mais il n'a plus d'aile. « Sur les traces des moulins » ne prétend pas à un inventaire exhaustif des moulins existant ou ayant existé sur le PAYSDES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère). Les ouvrages indiqués en bibliographie ont déjà très largement traité le sujet avec passion et compétence. Nous vous proposons ici de découvrir l'histoire de certains de ces moulins en vous promenant à travers les vallées et au bord des rivières sur lesquelles ils étaient ou sont toujours installés.

L'expression « Aber Benoît » désigne dans le langage courant aussi bien l'estuaire proprement dit que la rivière en amont de cet estuaire. Pour plus de clarté dans les textes qui suivent, nous ferons les distinctions suivantes : la rivière Aber Benoît et la rivière Aber Wrac'h pour désigner les rivières, l'Aber Benoît et l'Aber Wrac'h pour désigner les estuaires.

Note à l'attention des usagers des itinéraires proposés ci-après :

Tous les moulins sélectionnés dans ce document sont visibles depuis les routes ou les sentiers qui les longent. Ces moulins sont des propriétés privées pour lesquelles il n'est pas prévu de visite. Merci à tous de bien vouloir respecter la tranquillité des propriétaires.

Itinéraire « l'Aber Benoît et le Garo »

Piétons (bons marcheurs), vélos (VTT, VTC), NB : la portion du circuit située sur le sentier côtier n'est pas accessible aux vélos.

Le départ du circuit se fait depuis le manoir de Trouzilit, exemple de l'architecture bretonne de la fin du 16ème début 17ème siècle. Pour ceux qui empruntent la version piétonne du circuit uniquement, le sentier côtier vous mènera au pied du petit Moulin de Trouzilit Koz, désormais rénové en gîte. Il était mû par l'eau d'un petit ruisseau qui se jetait dans l'Aber Benoît et était sans doute rattaché au manoir du même nom. Le second moulin, Milin Nevez, remonterait au 18ème siècle et a fonctionné jusqu'en 1978 alimenté par le Kerascouët. Au niveau de la chapelle de Loc Majan, il faut remonter vers le menhir de Lannoulouarn. Vous aurez de là sans doute la plus belle vue que vous puissiez avoir sur l'Aber Benoît. Enfin les derniers moulins de l'itinéraire que vous verrez sont ceux de la « Vallée des Moulins » sur la rivière du Garo. Il y eut à Pont Ours deux moulins. Le moulin actuel est le plus récent des deux et il s'est arrêté de fonctionner en 1960. Un peu plus loin, les Moulins de Tanné, qui eux aussi étaient deux, ont fonctionné jusqu'en 1970. Ensuite viennent les deux Moulins du Quinou (Kinou). Celui de gauche a cessé de fonctionner en 1978 mais a conservé tout son appareillage. Le moulin de droite s'est arrêté plus récemment en 1983. Le dernier moulin du circuit, situé à l'embouchure du Garo, s'appelle le Grand Moulin (Milin Mesnaod) et est toujours en activité.

Itinéraire « l'Aber Benoît, le Benouig et l'Aber Wrac'h »

Piétons (grands marcheurs), vélos (VTT, VTC)

Ce grand itinéraire peut-être, selon le temps dont vous disposez, décliné en deux circuits plus courts qui s'attachent chacun à : « l'Aber Benoît et le Benouig » et « l'Aber Wrac'h ». Le texte ci-dessous décrit l'itinéraire qui concerne les trois rivières.

Le point de départ du circuit se fait au Moulin de Garéna. Ce grand moulin a été équipé en turbines en 1930 et s'est arrêté de fonctionner en 1966. Il abrite désormais un hôtel-restaurant. Le Moulin du Grand Pont, le plus important des moulins à eau de l'Aber Benoît est toujours en activité pour la distribution d'aliments. Il serait en fait le plus récent des trois ou quatre moulins qui auraient existé à cet endroit. Le Moulin du Châtel est le dernier moulin avant l'aber. En 1910 il produisait de l'hydroélectricité qui a alimenté Lannilis jusqu'en 1930. Il a arrêté de fonctionner en 1968 après avoir produit de l'alimentation pour le bétail. Le circuit vous mènera ensuit à un magnifique point de vue sur Tariec et l'Aber. Le Moulin de Tariec, désormais rénové en gîte, fonctionnait encore avec une roue horizontale il y a quelques années. Les moulins suivants sont situés sur la rivière du Benouig. Il s'agit des Moulins d'Avoine, Denez (Milin-Toull) (moulin situé au bout d'une voie sans issue. Prière de ne pas déranger les propriétaires) et Keriber. Le Moulin d'Avoine a été rénové en gîte lui aussi et son environnement (vannes, étang) est particulièrement bien conservé. Les Moulins Denez et Keriber son situés sur un bief. Les bâtiments des moulins existent toujours mais vidés de leur appareillage. L'environnement de ces deux moulins (chute d'eau, étang, digues, vannes) est resté en bon état. Le Moulin de Saint-Jean Balanant est situé sur l'Aber Benoît. Bien conservé, il n'est pour autant plus en état de marche. Saint-Jean Balanant était une ancienne commanderie de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui pourrait remonter au 12ème siècle. A l'époque elle comprenait également un moulin. Le Moulin du Vern n'a fermé qu'en 1996 et fut le dernier moulin à avoir fonctionné sur l'Aber Wrac'h. Ses quatre paires de meules et les roues horizontales qui les animaient ont été remplacées par une turbine en 1950. Le Moulin de Carman primitif remonterait au 13ème siècle et dépendait du château de Carman lui aussi aujourd'hui disparu. Le moulin a ensuite été délaissé puis a fourni en électricité la ville de Lesneven et enfin, après avoir été racheté, il a produit des aliments pour le bétail jusqu'en 1978. Les bâtiments des Moulins Neufs et de Baniguel n'existent plus depuis 1978, date de leur rachat (ainsi que du Moulin de Carman) par le Syndicat des Eaux. Le Moulin du Diouris date de 1549 et a été remanié en 1705. En revenant sur l'Aber Benoît et en empruntant le sentier piétonnier, vous apercevez les Moulins du Coumou, de Kerilaouen et du Roudous. Les deux premiers appartiennent aujourd'hui aux mêmes propriétaires et possèdent encore leur appareillage et leur environnement intacts. Le dernier moulin de cet itinéraire est le Moulin du Roudous, devenu pisciculture. Il fut la résidence d'un de nos anciens ministres, Anicet Le Pors.

Itinéraire « l'Alanan, la Flèche et le Quillimadec »

Piétons (bons marcheurs), Vélos (VTT, VTC).

Le circuit proposé ici forme en fait deux boucles reliées entre elles par un itinéraire qui suit peu ou prou la rivière du Quillimadec. Ces dernières peuvent donc être effectuées indépendamment.

L'itinéraire « La Flèche » : démarre au bourg de Pont du Châtel en Plouider. Vous y verrez le Moulin du Pont du Châtel. Une famille est propriétaire de ce moulin depuis 1848. A l'époque il consistait en un petit et un grand moulin. Le Moulin de Pont du Châtel a été transformé en minoterie vers 1939-1940 et il a cessé de fonctionner en 1987. Il ne produit désormais que l'hydroélectricité nécessaire aux besoins de la maison d'habitation. Le Moulin de Coat Ménac'h est resté dans la même famille de 1770 à 1968, date à laquelle il a arrêté son activité. Le creux de la vallée de la Flèche où il se situe est sujet aux inondations. Ce phénomène est favorable aux retenues d'eau mais le pont a également été fragilisé. Seul les cyclistes et les piétons sont donc invités à descendre vers le moulin.

L'itinéraire « Le Quillimadec et l'Alanan » : démarre au bourg de Guissény et le premier moulin se trouve à sa sortie. Il s'agit du Moulin du Couffon. Il est situé à l'embouchure du Quillimadec qui se jette à cet endroit dans la baie de Tréssény. Le second moulin est le dernier qui produise encore de la farine alimentaire sur tout le pays. C'est le Moulin du Pont sur le Quillimadec situé à proximité de l'étang du Pont. Il date du 19ème et est aujourd'hui mû par une turbine. Les propriétaires actuels sont issus d'une longue lignée de meuniers qui remonterait au moins à 1850 au moulin de Carman à Kernilis (Aber Wrac'h). Les deux derniers moulins, les Moulins de Kergoniou et de Bredaouez sont eux situés le long de l'Alanan et le sentier qui les longe peut devenir difficile par temps de pluie. Le Moulin de Brendaouez qui se trouve sur la gauche du chemin présente une petite particularité architecturale : une gargouille.

Les moulins aujourd'hui au PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère)

Encore très nombreux hier, les moulins en activité ne sont plus qu'une poignée au PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère). Le déclin de l'activité meunière, commencé après la Seconde Guerre Mondiale, s'est accéléré au cours des décennies suivantes. Quand ils n'ont pas tout bonnement disparus, les moulins se sont peu à peu vidés de leur appareillage et ils ont été très souvent transformés en maisons résidentielles. L'environnement des moulins (la rivière, l'étang, les biefs, les vannes, la chaussée, ...) est encore visible et témoigne d'une activité passée encore récente. Outre les quelques petits moulins de ferme que les propriétaires utilisent encore pour l'alimentation de leur bétail, seuls trois minotiers vivent encore de leur activité aujourd'hui sur le pays. Le Grand Moulin (Milin Mesnaod) à Plouguin produit de la mouture pour l'alimentation animale tout comme le Moulin du grand Pont à Lannilis. Le Moulin du Pont à Kerlouan est le dernier moulin à farine du pays. Les moulins apportaient du travail aux artisans et commerçants des villages voisins et les meuniers ont pu souvent jouer un rôle important au niveau des communes. Ils ont tenu et tiennent toujours une place particulière dans l'imaginaire collectif. Les nombreux dictons bretons qui ont trait aux meuniers en sont la preuve :

Krenv eo roched ar miliner.

Paka ra bep mintin eul laer.

Forte est la chemise du meunier,

Chaque matin elle attrape un voleur.

Ha pa rafe ar vilin nemed eur dro wenn,

Ar miliner-zo sur euz e grampouezenn.

Le moulin ne ferait qu'un petit tour,

que le meunier est sûr de sa crêpe.

Meuniers et moulins : une longue histoire et un savoir-faire traditionnel

Avant l'invention des moulins à meule, on écrasait le grain à l'aide d'un pilon et d'une pierre à moudre. Les moulins les plus anciens ont été retrouvés en Grèce et datent d'environ 500 av. JC. Les Romains auraient diffusé cette technique dans toute l'Europe mais les Celtes d'Armorique la connaissaient déjà sans doute avant l'arrivée des Romains car ils avaient des contacts commerciaux avec les peuplades méditerranéennes. Le métier de meunier ne date dons pas d'hier. Il a bien sûr subi de nombreuses évolutions au cours des siècles mais a toujours conservé cette tradition du savoir-faire transmis de générations en générations. Les premiers moteurs des moulins à meules ont été la force humaine et animale. Cependant les Sumériens savaient déjà utiliser la roue à eau et donc l'énergie hydraulique dès 3500av. JC.

Au PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère) ont essentiellement fonctionné des moulins à eau. L'eau entraînait la roue, horizontale (krufel) ou verticale (galegen, koazegel et koajel), qui elle-même faisait marcher un mécanisme qui faisait tourner la meule supérieure. En effet, seule une meule tournait et elles frottait alors contre celle du dessous, dite « dormante ». Il reste actuellement peu de meules encore en service. Elles ont peu à peu céder la place aux broyeurs à cylindres et au 19ème siècle les turbines sont venues renforcer l'action de la roue et de l'eau. Fin du 19ème, début du 20ème siècle ont été inventés les moteurs à vapeur d'abord, puis au fuel et le moulin est finalement devenu « minoterie » et le meunier « minotier ». (Minot est un mot breton qui signifie « farine de qualité »)

Skolig al Louarn, Plouvien

Skolig al Louarn, littéralement « la petite école du renard » et en bon français « l'école buissonnière », vous invite à redécouvrir des aspects de notre culture : notre histoire ou comment l'Armorique est devenue Bretagne, nos origines à travers notamment la langue bretonne, le calendrier et les croix celtiques, la vie quotidienne du début du 20ème siècle avec plus de 1000 objets agricoles, un atelier de sabotier, la faune de nos campagne.

Si vous voulez en savoir plus sur les moulins, Skolig al Louarn vous propose également une exposition sur « les 159 moulins de l'Aber Benoît » et des maquettes pour comprendre comment ils fonctionnent. A la demande, une visite peut être organisée dans un des rares moulins du pays qui a conservé son mécanisme traditionnel intact et en état de marche. Les ouvrages « Regards d'enfants sur les moulins de l'Aber Benoît et de l'Aber Wrac'h » vous donneront tous les renseignements sur les moulins ayant existé sur les bassins des deux abers. Mais Skolig al Louarn, c'est aussi une bibliothèque de plus de 6000 références, en bref, un passage obligé pour tous ceux qui désirent mieux connaître le PAYS DES ABERS - COTE DES LEGENDES (Bretagne-Finistère).

Vous pouvez demander le document à l'Agence de Développement du Pays des Abers - Côte des Légendes : 02.98.89.78.44, paysabers@wanadoo.fr